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Les VAMPIRE dans l'HISTOIRE (en Europe)

par Demoiselle Kiwi

    Le vampire a toujours existé, partout. A ses origines une entité désincarnée, il est la peur de l'invisible, d'une menace potentielle, de l'inconnu, de l'informe. Lui-même informe, plus exactement polymorphe. On le confond facilement avec la goule ou le loup-garou. Peu importe, il est là. Dans toutes les cultures, de la plus primitive à la plus industrialisée, il est là. Il est le Voleur de Vie.

    Quoiqu'il ait pu en être, le vampire n'a aujourd'hui plus cette qualité. Il s'est réduit, concentré dans un mort-vivant qui sort de terre pour sucer le sang des vivants, un Comte Dracula universalisé... Que s'est-il passé? Est-ce d'un commun accord que tous les Buveurs de Vie se sont regroupés derrière un seul des visages de leur race? Ou bien est-ce ce Nosferatu, ce "sale"... qui a vampirisé ses semblables...?

    Elle Fa TeFenir UND Te ses ZEMPALPLES!
    Publication 3 février 2000
    Dernière modification 27 septembre 2009

    -> Premières traces
    -> Le Haut Moyen-Age
    -> XIIème, réveil
    -> Conditions propices
    -> XVIème, épidémie
    -> XVIIIème, psychose
    -> Publications et faits
    -> XIXème, romantisme
    -> XXème, aujourd'hui


Premières traces


L'Antiquité gréco-romaine nous a laissé ses légendes de Buveurs de sang et de vie, de même que les anciennes civilisations assyriennes, égyptiennes, celtes... Partout esprits, dieux et démons partagent le quotidien de l'Homme. Le Buveur de Vie y a évidemment sa place, spécialité maladies étranges. Cependant il n'a pas de forme précise, il est confondu avec d'autres. Il fait partie de cette horde de forces inconnues auxquelles l'homme est confronté. Pour le trouver, il faut rechercher aussi bien les histoires de morts-vivants que les sacrifices sanglants à des créatures surnaturelles, et les récits de ceux qui augmentaient leur puissance en mangeant leurs semblables. Mais ce qui fait le vampire est déjà là. On le craint. On élabore des rites funéraires destinés à combler le mort pour l'empêcher de revenir. On fait des offrandes aux dieux sanguinaires. On tente d'expliquer le vampirisme naturel.



Le Haut Moyen-Age


Au fur et à mesure que la chrétienté se répand, la vision est plus simple : tous les dieux d'autres cultes deviennent des démons.
A ce sujet, l'église chrétienne du Moyen-Age - entre le Vème et le Xème siècle particulièrement - a eu recours, lors de la conversion d'autres cultes, à l'assimilation des principes des divinités "étrangères" , ainsi que des légendes populaires. Devenus des anges ou des saints, les dieux originels virent leurs noms relégués à un bestiaire démoniaque et leur symbolique "recyclée" - un intéressant cas de vampirisme mythologique...
A l'époque, nul ne se pose la question de savoir si les vampires peuvent réellement exister ou non : toutes les créatures étant les oeuvres soit de Dieu soit du Diable, l'un ou l'autre a forcément pu les créer.

A partir du Vème siècle, les Capitulaires * condamnent à mort le paganisme, et marquent le début de la persécution de ceux qui refusent toujours le dieu unique. La population est terrorisée par les visions infernales de Jugement Dernier, afin de les inciter à "sauver leurs âmes". Même si les prophéties de fin du monde finiront par elles-mêmes se retrouver interdites et accusées d'hérésie, l'idée s'installe.

En 781, un Capitulaire saxon dénonce des cultes dits diaboliques, et interdit définitivement les festins de chair humaine et les rites magiques. Les Buveurs de Sang sont pourchassés sans distinction, disparaissent presque. Le mot d'ordre de l'Eglise est "imitation" et non "imagination". Les "concurrents" au dieu unique ont été effacés... si on ne croit plus à quelque chose, celle-ci est vouée à l'oubli.

En 1031, l'évèque de Cahors évoque dans le Concile * de Limoge le premier cas de vampirisme recensé depuis longtemps. Il s'agit du corps d'un soldat qui avait refusé les Saints Sacrements, et qui était retrouvé hors de terre à chaque tentative d'enterrement dans un cimetière consacré. Le corps ne trouva apparemment la paix que lorsque des amis l'ensevelirent en terre profane.

Alors qu'ils avaient été réduits au silence, les anciens mythes allaient renaître au sein même de ce qui les avait fait disparaître.


Le XIIème siècle : réveil des esprits


Certains esprits sont persistants. Au XIIème siècle, on les adore toujours, secrètement, au foyer. Par crainte de l'église, ils n'apparaissent plus que la nuit. Les paysans épuisés, isolés et sous-alimentés sont sujets à la maladie et aux visions. Les sorcières se multiplient. Les vampires aussi. Leurs apparitions sont fréquentes, au gré des circonstances. (cf. Symbolisme) En période de crise, il faut un bouc-émissaire.

Bien qu'on le confonde encore avec la goule et le loup-garou (accusé de toute façon de devenir vampire après sa mort), le vampire a envahi l'Angleterre. "Les vampires étaient devenus si nombreux qu'on dût les brûler par grappes entières". Des cas de vampirisme sont répertoriés dans "De nugis curialium" par Walter Map, de 1193, et "Historia Regis Anglicarum" par William de Newburgh, 1196.

Généralement, les vagues de vampirisme correspondent à des épidémies de maladie, de la même façon que les histoires d'ogre cannibale correspondent aux périodes de famine.


XIVeme et XVeme : Quelques Dates

  • En 1337 et 1347, deux vampires furent découverts, empalés puis réduits en cendres.
  • En 1343, Le baron prussien Steino de Retten (Lauenbrug) est soupçonné d'être un vampire.
  • De 1346 à 1353, une épidémie de peste noire s'abattit sur l'Europe. On croyait que la maladie flottait dans l'air comme la brume et s'abattait sur ses victimes, et qu'elle disparaissait au son des cloches de l'église.
  • En 1414, Sigismond de Hongrie (1368/1437) fait reconnaître officiellement les vampires par l'Eglise Orthodoxe, lors du concile oecuménique *.


Des conditions propices au développement du vampirisme


Les enterrés vivants les guerres et les épidémies ont eu comme effet direct l'inhumation précipitée des corps, par peur de contagion ou simplement ignorance médicale. Il était fréquent que l'on enterre des gens encore en vie, mourants, comateux ou paralysés. Ces malheureux étaient retrouvés dans d'étranges conditions dans leur cercueils, ayant lutté en vain pour s'extraire de la prison de leur sépulture. Le bruit provoqué par leurs efforts désespérés, les traces qu'ils portaient à force de se débattre (corps couverts de sang, mordus, retrouvés étouffés par leur linceul) marquèrent les hommes à l'esprit superstitieux. Le vampirisme fut l'explication de cette angoissante question.

L'Europe de l'est au XVIème siècle, terrain fertile pour le vampirisme loin des Lumières de l'ouest, l'Europe de l'est était alors pratiquement entièrement analphabète, et de nombreux habitants vivaient coupés du reste du monde. Ils vivaient toujours "entourés" de démons en tout genre, et étaient particulièrement superstitieux : l'Eglise Orthodoxe était beaucoup plus clémente vis à vis de la présence d'esprits. A l'ouest, l'Inquisition puis la Raison faisaient la chasse au folklore vivant.

La différence de mentalité se retrouve également en ce qui concerne le comportement face aux morts : là où les Orthodoxes reconnaissaient dans les cadavres non décomposés une marque diabolique, les Catholiques voyaient une marque de Sainteté. De même, les enfants décédés en bas âge devenaient à l'ouest des anges, et à l'est des vampires.

Il était également reconnu depuis longtemps à l'est que les morts "mangeaient et mâchaient" dans leurs tombes (impression donnée par la décomposition naturelle des cadavres), et de nombreuses sépultures ont été découvertes renfermant des corps avec des pierres ou des pièces dans la bouche, pour les empêcher de mâcher.
Deux ouvrages relatent des découvertes archéologiques attestant de tels rites funéraires : "Der Schadel von Dyhernfurth in Altschlesein", par De Boehlich (1926), et "Découvertes archéologiques de vampires sur le territoire d'occupation des slaves de l'Ouest" par Le Professeur Rudolf Grenz de l'Université. de Liepzig (1952)

Du côté de la Valachie, on tremblait encore au simple nom d'un chef d'état sanglant qui empalait aussi facilement ses propres hommes que ses ennemis Turcs, bien qu'il ne fut pas à proprement parler un vampire, Vlad Tepes (voir article de Smoky) qui inspira Bram Stoker quatre siècles plus tard.

Tout semble n'attendre que le vampire lui-même.


Le XVIème siècle : Epidémie


Le XVIème siècle voit de nombreux échanges entre l'est et l'ouest. Les voyageurs font le récit de ces créatures dont l'extermination était devenue un fait passé et contesté à l'ouest. La population rurale de l'est s'empresse de greffer ces morts-vivants à ses propres légendes et ses propres fantômes. Les histoires d'épidémie de vampires reviennent amplifiées de leur voyage à l'est. Le Nosferatu s'est installé sans ennui, ayant trouvé là une source de pouvoir pratiquement intarissable, et attise à nouveau l'intérêt général.

A l'ouest, l'église et la science sont à présent séparés et ont séparé le monde entre ce qui était possible et impossible. On s'interroge sur l'existence même de tout ce qui est "surnaturel" ; on cherche à le prouver ou à l'infirmer, avec curiosité et frénésie. Durant les deux siècles à venir, les vampires installés à l'est sont au coeur du débat, des spécialistes de toutes part sont envoyés pour trouver et étudier des preuves tangibles, et enfin distinguer les faits réels de l'imagination.

En 1520, on recense 30 000 cas de lycanthropie (toujours confondu avec le vampire). C'est une psychose générale, et l'Eglise décide d'ordonner une enquète officielle sur ce phénomène qu'elle considère alors comme une superstition dénuée de tout fondement.

En 1552, une réforme officialise le vampire, et donne les moyens de le détruire, et de prévenir sa prolifération. Puisqu'on a demandé son avis à l'Eglise Catholique Romaine, elle va répondre, après bien des hésitations : les vampires, s'ils existent, seraient selon elle des excommuniés, à qui Dieu refuse le repos éternel de l'âme ; les symboles de la foi seraient les meilleures armes contre eux. Il n'en fallait pas plus pour encourager les apparitions des vampires et "codifier" quelque peu leur destruction.

Le cas d'Erzsébet Bathory (voir l'article de Smoky) (1560/1614) fait scandale, et bien qu'elle ne soit pas un monstre surnaturel, elle n'en est pas moins une meurtrière, saignant des jeunes filles pour boire leur sang et s'y baigner dans l'espoir d'obtenir la jeunesse éternelle.

Quelques Dates
  • En 1581, Lavater, dans son "Traité sur les spectres et les esprits nocturnes", dénonce les spectres et les esprits comme étant possédés par le Diable. Les vampires gagnent une variante : le Diable s'emparerait de leur corps pour perpétuer son oeuvre malfaisante. Cela ne fait que renforcer l'emploi des objets du culte (eau bénite, croix, etc...)
  • En 1581, un dénommé Peter Stubbe est soupçonné être un loup-garou.
  • En 1597, Jacques VI d'Ecosse fait référence aux vampires dans sa "démonologie".


* capitulaire : ordonnance des rois mérovingiens et carolingiens (ainsi appelée à cause de sa rédaction en capitula, chapîtres) (Larousse)
* concile : assemblée d'évêques, aidés de théologiens, qui décide de questions de doctrine et de discipline ecclésiastiques. (Larousse)
* concile oecuménique : (ou concile général, ou plénier) concile auquel ont été convoqués tous les évêques. (Larousse)



Sources : "Loups-Garous et vampires" de Roland Villeneuve, Ed. J'ai lu; "Sang pour sang, le réveil des vampires" de Jean Marigny, Ed. Découvertes Gallimard; "La chair et le sang" de R. Nolane et E. Campos Ed. Dossiers Vaugirard; "B.A.BA des vampires" de J-P Ronecker, Ed. Pardès; "La Sorcière" de Michelet, "Vampires et Lumières" de Charles Porset, Ed. A L'Orient.




"Vampires, les enfants de Selène", avril 2008 par Kiwi et Smoky. Les photos appartiennent aux différentes maisons de production.