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Le VAMPIRE MIROIR de l'AME

par Demoiselle Kiwi

    Le vampire est une créature miroir. Il reflète beaucoup de symboles de l'inconscient collectif, mais il peut aussi se faire le témoin de nos propres passions intérieures. Il interpelle chacun de nous, et chacun peut voir en lui quelque chose de différent, selon le contexte, selon ses peurs, selon son point de vue. De toutes ses apparitions, en voici quelques unes...

    Publication février 2000
    Dernière modification 30 avril 2005

    -> Peur de la Nuit
    -> Voleur de Vie
    -> Le Sang
    -> Instincts
    -> Eros et Thanatos
    -> Métamorphose
    -> Vengeance
    -> Désir de Vivre
    -> Élévation
    -> Images


La peur de la Nuit


    Berceau d'un nombre incalculable de créatures malfaisantes, la nuit est porteuse de maléfices, toutes civilisations, toutes superstitions confondues.

    La disparition du Soleil entraîne instinctivement l'angoisse qu'il ne reparaisse pas le lendemain matin, et la peur d'être livré à l'obscurité éternelle. C'est le pré-sentiment de la mort totale, où, privé de son corps, l'esprit est plongé dans la nuit perpétuelle.

    L'homme n'est pas fait pour la Nuit, il n'y voit pas, ou très mal, et y est plus fragile aux attaques psychiques; les malades et les blessés meurent plus souvent la nuit que le jour. Cette fatalité trouve corps à travers les mythes, légendes et croyances dans les entités supérieures, pourvues de consciences et de volontés hostiles, que le Soleil, protecteur de l'homme, chasserait au lever du jour.


"Le Sommeil de la Raison produit des monstres"
F. de Goya, 1798.
De cette distinction découle l'image déformée d'un monde manichéen bien-jour mal-nuit, ce ne sont que les deux facettes complémentaires d'une même chose. (Cf. Eros et Thanatos.)

Le nom. Quelle que soit la nature des énergies qui régissent l'univers et qui cycliquement mettent l'homme à l'épreuve, elles devaient être désignées et reconnues, pour être tolérables et concevables à l'esprit, par un nom.
Donner un nom, c'est former l'informe, c'est emprisonner l'impalpable, c'est doter l'inconnu des faiblesses du connu. Grâce à un nom, le magicien peut canaliser sa volonté contre une cible (être humain à qui il lance un sort ou entité invoquée). Il peut tenter de contrôler ces puissances, en les invoquant, les suppliant, ou les conjurant.

Conjuration. La plus forte conjuration de la peur est le rire, d'où les comptines ou encore les célébrations costumées comme Hell'oween.
Malheureusement, le rire n'est pas la seule arme employée. Vampires et sorcières sont probablement les meilleurs exemples de conjurations du "mauvais sort" par la manière forte, tenant le rôle de bouc émissaire pour tous les évènements mystérieux. Ils ont déclenché tous deux des psychoses de chasse "contre le mal" proches de l'hystérie collective, et faisant quantité de victimes.


Le Voleur de Vie


    Du vampirisme au cannibalisme, absorber l'autre revient à s'approprier sa puissance, ses pouvoirs.

    L'amour peut générer un tel désir, celui de possèder totalement l'être aimé en soi, et ne jamais en être séparé. Le baiser du vampire, qui lui permet d'absorber la vie de sa proie, est particulèrement significatif (cf. Eros et Thanatos), d'autant que la morsure au cou (ou le baiser sur les lèvres par lequel l'âme est volée) contient de fortes connotations sexuelles. (cf. Les Instincts)

    Le vampirisme est le besoin vital de se nourrir d'une énergie étrangère. C'est la soif, personnifiée (Cf. les instincts). Maillon perverti dans l'équilibre naturel entre les choses, il ne fonctionne que dans un seul sens, du vampirisé vers le vampire. Il est le pouvoir du vainqueur sur le vaincu, qui s'approprie ses biens ou ses armes. Contrairement aux autres créatures démoniaques, le vampire ne se contente pas de tuer ses victimes. Il leur dérobe (quelque fois de façon régulière) une certaine quantité de vie pour continuer à exister, à la manière d'un parasite.

    Il absorbe soit la vie physique contenue dans le sang, soit la vie psychique contenue dans l'âme de sa victime, le plus souvent des deux (le sang, la tête et le coeur sont tous des symboles et généralement utilisés lors de sacrifices rituels parce qu'ils sont supposés contenir l'âme). En ce qui concerne les légendes qui supposent que le vampire a perdu son âme, on peut supposer que cette recherche serait une manière de combler ce manque.

    Vampirismes. Le voleur de chaleur est aussi assimilé au vampire, car il s'approprie de la même manière parasite la chaleur d'autres corps. Pour généraliser, un vampire dérobe de l'énergie (vitale, calorifique, etc...) à ses victimes.
    On peut aussi considérer certaines autres formes de vampirisme inconscient chez les vivants : le vampirisme psychique et le vampirisme énérgétique. Le premier concerne une certaine catégorie de personnes qui "exigent" de leur entourage une attention particulière, un support mental, etc...
    La deuxième concerne à la fois les vieillards et les malades qui se "nourrissent" de la vitalité de leur famille ou de leur soignants, et le "vampirisme foetal" de l'embryon dans le ventre de sa mère.

    Il est très probable que le vampirisme ait été la seule explication aux maladies inconnues (anémies, allergies, cancers, porphyrie, mais aussi dépressions nerveuses qui voyaient les malades dépérir sans raison apparente) pendant très longtemps.
    (cf. Immortalité et désir de vivre)



Le Sang, fascination et interdit


    Le Sang a toujours exercé une étrange fascination sur les hommes.

    Contrairement aux autres liquides corporels dont l'homme a une connaissance primaire dont la perte n'est pas mortelle (salive, urine, transpiration), le sang emporte la vie avec lui.

    Il est le véhicule du pouvoir de la vie, mais aussi celui de la contagion et de la maladie. Infections dues à des blessures, hémophilies, contaminations... Autant de choses incomprises attribuées à l'action de démons accusés de provoquer les épidémies. Ces thèmes sont particulièment récurrents chez le Vampire, et sa morsure elle-même (ou l'échange de son sang), est perçue comme la transmission d'une maladie.

    Il draine les substances nutritives, et se place par la même au coeur de la vie : son manque entraîne l'inconscience, le coma, et son absence est synomyme de mort : les cadavres ne saignent plus. C'est la nourriture évidente pour les Voleurs de Vie, riche en énergie vitale.


Dracula
"Le Sang Est La Vie".
Magie. Dans les cultes paiens et primitifs, le sang est un filtre puissant en magie. Il est l'élixir de vie et de jeunesse, son composant principal : Médée rajeunit Eson, le père de Jason, en lui changeant son sang. Erichto ressucite un mort avec un breuvage à base de sang.
Chez les Romains, il servait à attirer par son odeur les spectres dont on voulait quelque chose.

C'est aussi un remède contre les maladies, un instrument d'initiation, le sceau des pactes entre les hommes, et un véhicule de puissance qui draine le pouvoir des vaincus dans le corps du vainqueur. Les sacrifices rituels sont pareillement une offrande de vies dites inférieures à des puissances considérées supérieures.
    En réaction, l'Eglise interdit son emploi pour la divination, et sa consommation (tout en sublimant sa symbolique avec la Communion où les fidèles boivent symboliquement le sang du Christ qui leur accorde la vie éternelle de l'âme). Une telle sanction n'a pu que renforcer la force d'attraction du sang, lui donnant un parfum diabolique de pouvoir occulte. Elle lui assura une place de choix dans les pratiques de sorcelleries, héritières chétives des anciens cultes.



Les Instincts


    Le vampire est mû par la soif, dont il est une des incarnations les plus fortes, de la même façon que le loup-garou est celle de la faim. Tous deux obéissent en priorité à cette pulsion vitale, capable de faire régresser l'homme à un stade animal : que sommes-nous capables de faire, poussés par la faim...? Elle gouverne toutes leurs actions. Elle les prive de retenues sur d'autres instincts primitifs, d'autres faims incontrôlables.
    La violence est fortement sous-entendue dans la force surhumaine du vampire (au moins suffisante pour soulever seul la dalle de sa tombe); et le magnétisme qu'il dégage pour attirer à lui ses victimes trahit sa forte sexualité.

    Il représente la tentation à laquelle nous ne pouvons résister : le vampire impose sa volonté à sa victime, et délivre la conscience de celle-ci du poids de la culpabilité d'avoir cédé à quelque chose qu'elle espérait, mais qui était considéré comme mal. Il sert de projection aux pulsions refoulées et refusées.
    Lorsqu'il ne se nourrit que de jeunes filles vierges, le vampire se fait l'incarnation de cette sexualité puissante et encore inconnue (voire dangereuse dans certains esprits) qui "assaille" les jeunes gens.

    La soif qui pousse le vampire a enlacer n'importe quelle créature quelque soit son sexe dans son étreinte mortelle est en parallèle avec la force et l'urgence de pulsions réprimées, qu'elles soient hétéro ou homosexuelles, confrontées à une société réprobatrice. Combattant sa nature, le vampire finit par aboutir à la pervertion sexuelle : son intrusion sur le corps de sa victime pour lui dérober sa vie est l'équivalent d'un viol pur et simple.

    Un parallèle s'établit clairement avec les succubes et les inccubes. Par ailleurs, la succube babylonienne Lilith est supposée être la mère des démons et des vampires.



Eros et Thanatos


L'Amour et la Mort
    Outre le point évoqué tout à l'heure concernant l'amour et le désir d'absorber l'être aimé (cristallisé dans le baiser du vampire) le thème de l'amour lié inéluctablement à la mort remonte à l'Antiquité, avec les Dieux Eros (l'amour) et Thanatos (La mort), tout deux originellement frères, fils de la Nuit et d'Erèbe.

    L'étreinte mortelle du vampire tient à la fois de l'amour et de la mort, la victime étant souvent une sacrifiée volontaire à un amour destructeur. Le vampire par ailleurs est confronté à la mort de ceux qu'il aime, soit par le temps s'il les laisse humains, soit par lui-même s'il en fait des vampires à leur tour. (cf.Les instincts pour la question de sexualité)


Dracula et Mina
l'amour dans
et au-dela de la mort
Les histoires de vampires (broucolaques) d'Europe de l'est sont souvent celles d'un mort qui s'attaque en premier lieu à sa famille proche (conjoint, enfants, parents). Outre le fait qu'il soit probable que ces histoires dérivent de la contamination de toute une famille par la même maladie, il exprime aussi une volonté d'être ensemble malgré la mort, et dans la mort qui devient le seul espoir de réunion. Les histoires d'amour tragiques, telles "Roméo et Juliette", traite de ce même sujet.

Les Déesses vierges et guerrières sont souvent l'autre facette de celles de la fécondité et de l'amour... Chez les Egyptiens, la triple déesse Bastet, Sakhnet et Hatour (Amour, Guerre, et Vache céleste) sont la même femme, mais qui change de visage selon son humeur. Chez les Grecs, Artémis est vierge, mais aussi la personification de la Lune, symbole de fécondité.
    Elles se retrouvent toutes dans l'image de la Déesse Mère originelle, à la fois vie et mort indissociables. Les Mayas associaient au vampire, ressucité, le cycle des saisons et de la mort et de la renaissance de la Terre.





"Vampires, les enfants de Selène",1999/2005 by Kiwi and Smoky. Les photos appartiennent aux différentes maisons de production.